ISMaPP
Etablissement Privé d'Enseignement Supérieur Technique
80, rue Taitbout 75009 Paris
Tél: +33/01.55.50.12.40
Fax: +33/01.55.50.12.49
Métro: Saint-Georges - Ligne 12
Fichier inconnu
Il y a quelques mois, l’ISMaPP organisait une conférence sur le thème “Les femmes dans la sphère publique et politique : Y-a-t-il un nouveau management public et politique au féminin ?” en présence de Nathalie Kosciusko-Morizet, aujourd’hui Secrétaire d’Etat auprès du Ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, de Christiane Taubira, députée de Guyane et de Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime.
À cette occasion, Laurence Lemouzy a fait, en ouverture, une communication dont voici des extraits :
- "Deux facteurs principauxconduisent à suggérer que nous entrons dans une nouvelle approche de la politique :
1/ L'arrivée du genre féminin dans le champ public et politique correspond à une nouvelle façon de considérer le champ du réel, de définir le possible et le souhaitable.
2/ La globalisation des échanges constitue un véritable changement de paradigme du fonctionnement des démocraties européennes qui passent d'un management dit "rhénan" (où programmation, anticipation et stabilité étaient les 3 piliers face à l'avenir) à une société dite de type « californien » où l'instantané, l'imprévisible et l'aléatoire constituent les principaux repères. Gérer l'instantané dans un monde où la disparition des frontières et de l'accélartion du Temps, tel est le défi du Nouveau Management Public et Politique.
(...)
Le Nouveau Management Public et Politique préfère s'ancrer sur l'examen précis du champ des possibles. Il n'est pas d'ordre théorique mais factuel. Il ne se nourrit pas de la contemplation d'un ordre meilleur mais de l'examen attentif de ce qui est faisable, réalisable.
Que demande-t-on aujourd'huià l'Homo politicus ? De donner du Sens, définition classique du politique ; auxquelles s'ajoutent la capacité à fixer des orientations réalistes, et ensuite à mettre en œuvre des stratégies ancrées dans le réel, le possible et le souhaitable.
Que demande-t-on aujourd'hui à l'Etat, aux Pouvoirs publics ? De produire de l'adhésion et d'atteindre efficacement des objectifs réalistes qui donne un sens à la société.
La question de la capacité à produire du sens est nouvelle pour nos démocraties où l'individualisme est devenu forcené. A l'heure où l'idée de République et où l'idée du Bien commun était plus forte dans nos sociétés, donner du Sens était chose relativement aisée. Le nouveau défi culturel des sociétés modernes est de créer du sens collectif avec des individus qui n'ont pas les mêmes codes, ni les mêmes conceptions du Bien ou du Juste. Et c'est à l'Etat, dans son acception la plus large, de relever ce défi.
Ceci nécessite à mon sens de travailler sur l'éthique de l'action publique et d'entretenir une certaine distance philosophique avec le Pouvoir. C'est ici que le genre féminin prend toute sa dimension car c'est sans doute une véritable capacité des femmes à se distancier des attributs du pouvoir pour mieux se rapprocher du pouvoir d'agir.
(...)
Dans ce nouveau contexte, gouverner suppose une aptitude au management et à la prise de décision d'un nouveau genre...quasi féminin. Les femmes ont de ce point de vue un apport précis dans la vie politique ; elles interviennent à propos d'aspects différents des réalités. Leur regard sur les lieux et institutions publiques et politiques est extrêmement lucide et critique. Elles sont plus sensibles à l'éthique de la discussion politique et entraînent de facto sur ce même terrain leurs corréligionnaires masculins. Elles formulent le non-dit et sont plus directes dans leurs interventions tout en cherchant davantage à persuader alors que leurs confrères ont plus tendance à gagner l'adhésion à leur point de vue sinon à l'imposer. Les femmes sont-elles en passe de devenir de meilleurs managers politiques et publics ? La question ne peut se poser dans ces termes car ce serait affirmer naïvement que leur sexe les rendrait meilleures que les hommes. Là n'est pas ou n'est plus la question. En revanche, il est clair qu'elles sont capables de faire « bouger les lignes » et qu'elles sont plus à l'aise et en phase avec une société en mouvement à force de conjuguer travail, liberté et plaisir. Elles ont sans doute une capacité plus grande à s'affranchir d'un système de décision et de pouvoir qu'elles n'ont pas construit.
Plus transgressives ou révolutionnaires, elles sont capables aujourd'hui de donner le « la » d'une nouveau management public et politique. Les femmes au pouvoir peuvent avouer en aparté un sentiment de confiance en soi mesuré et ancré dans les réalités."